Le pays – 11

22 mai 2018

Dans le reportage radiophonique diffusé ce mois-ci, j’énonce ne pas me voir vivre ailleurs, même les jours où rien ne semble aller. Le montage me fait dire ensuite que « je suis enraciné ». Voilà qui est opportunément enchaîné, et apte à susciter de l’émotion. Et voilà également qui me fait m’interroger : suis-je bien enraciné ? Enraciné à mon domaine, je le conçois, et il est vrai qu’il me serait très difficile aujourd’hui d’avoir à en partir, d’avoir à renoncer à tout ce qu’il m’apporte… Mais ce n’est là qu’un premier niveau de racines, et s’il nourrit assurément, il semble qu’il lui manque tout de même toutes ou certaines de ces racines secondaires qui ancrent plus profondément, qui rendent fort et résistant. Les Cévennes et ses habitants sont-ils pour moi comme un sol au complexe argilo-humique défaillant pour une plante, et la ferme comme un engrais (organique, tout de même) qui permet de vivre malgré tout ? Il y a de ça, mais ne dramatisons pas : si l’enracinement est loin d’être parfait, il progresse néanmoins. Qu’on me pardonne d’être une plante un peu timide, qui ne sait pas toujours bien comment faire son chemin dans la terre qui l’accueille…