Moi, citoyen – 27

21 décembre 2018

Ça me semblait la base : j’emmènerais au moins avec moi du thym et de la verveine de chez nous – c’est pas lourd -, comme un petit bout de Cévennes et la garantie de la qualité sur au moins deux aliments que je consommerais en ville, la garantie d’une économie au moment de faire mon marché. J’ai oublié. Pas si grave vis-à-vis de la masse de choses importantes que je n’ai pas oublié de faire avant le départ. Mais aujourd’hui, devant le rayon de plantes sèches et d’épices du magasin bio du quartier, je grimace en découvrant l’origine nord-africaine des plantes aromatiques qui m’intéressent.

Au moins sont-elles bio, ce qui n’est pas le cas de tout ce que l’on trouve en boutique estampillée bio. Il faut s’y faire, et se faire encore plus attentif qu’en France quand on arpente les allées d’un de ces magasins.

Quant à l’origine des produits, il faut là aussi ouvrir le bon œil et fréquenter les bonnes boutiques afin d’ignorer la production des voisins états-uniens et mexicains. Le Québec est tout à fait à même de nourrir son citoyen (même étranger) pour qui a appris à se régaler des légumes d’hiver. La province produit même en serres chauffées des légumes d’été. J’en ai goûtés chez quelqu’un d’autre, et au vu de ce que j’ai découvert là, j’ai compris que le concombre, que je prenais d’habitude pour un légume plus appréciable pour sa texture que pour sa saveur, pouvait dans une version fade être relativement détestable. Les asperges gorgées du soleil du Mexique, très consommées dans le pays, et qu’on se procure pour trois fois rien ici alors qu’elles constituent un petit luxe en France, me font de l’œil de leurs graciles pousses vertes. Mais je sais résister à ces tentatrices en attendant de retrouver celles de mon jardin, qui devraient être en pleine production quand je rentrerai fin avril.

Une association d’achat groupé, dénichée par ma compagne, nous a assuré l’achalandage en céréales, légumineuses, huiles, condiments et fruits secs, le tout en bio et le plus local possible. Il est toujours bon de pouvoir se reposer sur une structure au fonctionnement vertueux, comme nous pouvons le faire également en France avec notre petite biocoop associative. Puissent bien des gens comprendre que ça ne tient parfois qu’à un investissement réduit de consommer plus éthiquement sans se ruiner, de mettre un pied dans des milieux ouverts aux alternatives et plus au fait de celles-ci.

Auteur : zazar

Après des études dédiées à l’illustration et quelques années de pratique de la bande dessinée, je me réinstalle fin 2008 sur la petite ferme écolo (en AB et sous mention Nature et Progrès) où j’ai grandi, dans les Cévennes. Mes parents y avaient élu domicile en 1973, achetant alors une ruine et un terrain envahi par les pins. 40 ans plus tard, ils peuvent me léguer un lieu habitable, vivant, agréable… Une petite oasis de verdure isolée au cœur d’une forêt plutôt aride, et un outil de travail efficient – quoiqu’un peu brinquebalant. Ainsi, en 2013, je reprends officiellement l’activité agricole de mes illustres géniteurs qui ont déménagé dans la bourgade avec services la plus proche. Je suis accompagné par ma compagne dans nos activités de cultures (fruits et légumes), de petit élevage, de valorisation de ces productions en cuisine (dans des foires bio et à la ferme) et d’Accueil Paysan en camping et chambres. Une bande dessinée dédiée à nos premières années paysannes, le « Carnet de Cambrousse », est à paraître. Le JOURNAL PAYSAN, lui, tout de texte, et sans doute plus intime, prend la suite de la BD, mais peut s’appréhender sans l’avoir lue. J’ai 37 ans quand je le démarre, le 8 avril 2017.