Le métier – 10

10 juin 2018

À pailler les cultures, je me sens comme un père qui borde ses enfants, qui leur offre là une des conditions nécessaires à leur croissance : le maintien de l’humidité et la limitation de la levée des adventices offrirait aux plantes autant que ce que le sommeil réparateur procure aux enfants. Aussi le spectacle des cultures mulshées a-t-il quelque chose de tranquillisant.

Cette année pourtant me voit un peu moins tranquille… L’automne et le début d’hiver secs m’ont obligé à nourrir plus que de coutume mes animaux : au lieu de brouter et de glaner durant cette période quasi exclusivement au hasard de leurs 4 hectares de parcours, ils ont consommé du foin, ce foin que je destinais à devenir paillis dans mes jardins, et que je garde aujourd’hui pour mes bêtes (car il me reste des ballots, marge de sécurité oblige), n’ayant pas encore trouvé l’adresse où m’en fournir à hauteur de mes besoins pour l’année. Retour aux fondamentaux, je paille donc avec de la paille de céréales, matière très carbonée que j’avais décidé de ne plus guère utiliser à cet escient, relativement à cette propriété qui peut générer une faim d’azote, contrariant la pousse et la productivité des végétaux.

Voilà que je me sens un peu père indigne, voilà pourquoi le séduisant panorama de tiges et de feuilles vertes, pointant, ostensibles, du couvert jaune pâle, ne me réjouit pas tout à fait.

Auteur : zazar

Après des études dédiées à l’illustration et quelques années de pratique de la bande dessinée, je me réinstalle fin 2008 sur la petite ferme écolo (en AB et sous mention Nature et Progrès) où j’ai grandi, dans les Cévennes. Mes parents y avaient élu domicile en 1973, achetant alors une ruine et un terrain envahi par les pins. 40 ans plus tard, ils peuvent me léguer un lieu habitable, vivant, agréable… Une petite oasis de verdure isolée au cœur d’une forêt plutôt aride, et un outil de travail efficient – quoiqu’un peu brinquebalant. Ainsi, en 2013, je reprends officiellement l’activité agricole de mes illustres géniteurs qui ont déménagé dans la bourgade avec services la plus proche. Je suis accompagné par ma compagne dans nos activités de cultures (fruits et légumes), de petit élevage, de valorisation de ces productions en cuisine (dans des foires bio et à la ferme) et d’Accueil Paysan en camping et chambres. Une bande dessinée dédiée à nos premières années paysannes, le « Carnet de Cambrousse », est à paraître. Le JOURNAL PAYSAN, lui, tout de texte, et sans doute plus intime, prend la suite de la BD, mais peut s’appréhender sans l’avoir lue. J’ai 37 ans quand je le démarre, le 8 avril 2017.