Ma vie d’élu – 10

21 avril 2018

Si dans ma vie quotidienne et dans ma vie professionnelle, je parviens à peu près, sur la globalité, à m’accommoder de mes blocages relationnels, il semble que je ne puisse y parvenir dans ma vie d’élu. Au bout de 4 ans, les membres de l’équipe municipale me font encore peur.

Quant à moi, depuis une histoire de broyeur à végétaux que je n’avais même pas mise sur le tapis, et qui permit au maire de passer ses nerfs sur ma trogne, j’ai, je le crois, su plutôt bien me faire discret, j’ai gagné la confiance, au moins un peu, je fais sans doute moins peur. (Je sentais cette peur dans l’attitude agressive du maire : peur de l’inconnu, de la contradiction, qu’il a donc su peu ou prou tuer dans l’œuf en début de mandat.)

Aujourd’hui, à me faire discret et à travailler un peu pour l’accès internet et le téléphone, j’ai sans doute réussi, si ce n’est à me faire aimer (faut pas pousser), au moins à me faire reconnaître auprès des autres membres du conseil municipal comme bien intentionné envers eux et les habitants de la commune. Cela ne suffit pourtant pas à me faire abandonner la peur, ses causes étant multiples et profondes. Et cette peur m’empêcha de demander renfort à d’autres conseillers quand le maire, par le passé, voulut bien me laisser étudier la possibilité de mettre en place une chaufferie à bois communale… Tâche qu’il ne tenait pas le moins du monde à ajouter aux siennes, déjà fort accaparé qu’il est par les affaires courantes.

Ne me sentant pas soutenu, accompagné (bien qu’autorisé), j’enterrai bien vite toute velléité de travail à ce propos. Aujourd’hui, enterrerai-je de même, et avant même d’oser l’évoquer, l’idée d’un achat par la commune des terres agricoles laissées vacantes par le paysan qui s’est suicidé l’an dernier ? Protéger leur statut agricole et les préserver d’un accaparement par le gros éleveur du coin me semble être une cause noble entre toutes, mais j’appréhende déjà l’accueil frileux qu’une telle proposition susciterait probablement en conseil municipal : justifications financières (qu’il est facile de m’opposer tant je n’entends rien aux comptes communaux), fatalisme (« les héritiers vendront au plus offrant, c’est comme ça ») ou appels à étudier la question moi-même sont également susceptibles de me couper les ailes.

Tant que je ne me sentirai pas capable de faire équipe, de créer des alliances, aucune tâche un tant soit peu complexe ne me semblera à portée de main, et le manque de temps que j’ai à y consacrer contribuera à faire définitivement pencher mes idées du côtés des idéaux fantasmatiques. Et l’expérience municipale, si elle devait durer, de demeurer avant tout une frustration.

Auteur : zazar

Après des études dédiées à l’illustration et quelques années de pratique de la bande dessinée, je me réinstalle fin 2008 sur la petite ferme écolo (en AB et sous mention Nature et Progrès) où j’ai grandi, dans les Cévennes. Mes parents y avaient élu domicile en 1973, achetant alors une ruine et un terrain envahi par les pins. 40 ans plus tard, ils peuvent me léguer un lieu habitable, vivant, agréable… Une petite oasis de verdure isolée au cœur d’une forêt plutôt aride, et un outil de travail efficient – quoiqu’un peu brinquebalant. Ainsi, en 2013, je reprends officiellement l’activité agricole de mes illustres géniteurs qui ont déménagé dans la bourgade avec services la plus proche. Je suis accompagné par ma compagne dans nos activités de cultures (fruits et légumes), de petit élevage, de valorisation de ces productions en cuisine (dans des foires bio et à la ferme) et d’Accueil Paysan en camping et chambres. Une bande dessinée dédiée à nos premières années paysannes, le « Carnet de Cambrousse », est à paraître. Le JOURNAL PAYSAN, lui, tout de texte, et sans doute plus intime, prend la suite de la BD, mais peut s’appréhender sans l’avoir lue. J’ai 37 ans quand je le démarre, le 8 avril 2017.