Le métier – 1

26 juin 2017

J’en connais des aventuriers, des entreprenants qui comme mes parents sont partis de rien et se donnent les moyens de leurs ambitions. J’en connais des gros bosseurs qui ont un cap et savent s’y tenir, notamment paysans en milieu difficile. Il ont d’autant mon admiration que je ne leur ressemble pas. Ils me font un peu peur aussi pour la même raison. Et quand je me sens dépassé par une quelconque difficulté mineure, ou quand tout semble au fond facile pour moi une fois cet obstacle levé, j’ai le sentiment que je ne mérite pas ma chance. Parce que c’est un lieu où il y aurait encore tant à entreprendre, je me sens usurpateur de ne le faire qu’a minima, de ne faire que m’en servir et l’entretenir et d’en récolter un mérite qui ne m’est pas dû. Puis, un peu mieux disposé envers moi-même, je songe que les tempéraments hardis trouveront quoi qu’il arrive défis à leur ambition, ou bien se les créeront, et qu’il est bon parfois que les moins audacieux, les plus lents à la détente, les homo cogitatum et les handicapés des relations sociales, se fassent offrir la chance d’exprimer également une forme de créativité loin des épreuves majeures susceptibles de les clouer au sol. Mon problème est que j’exprime cette créativité plus volontiers ailleurs que dans l’activité que j’ai repris – par exemple dans le dessin, le texte, les deux imbriqués – mais que c’est de l’activité que je n’ai pas créée – et qui reste celle à laquelle je donne le plus de temps – que je tire prestige.

Auteur : zazar

Après des études dédiées à l’illustration et quelques années de pratique de la bande dessinée, je me réinstalle fin 2008 sur la petite ferme écolo (en AB et sous mention Nature et Progrès) où j’ai grandi, dans les Cévennes. Mes parents y avaient élu domicile en 1973, achetant alors une ruine et un terrain envahi par les pins. 40 ans plus tard, ils peuvent me léguer un lieu habitable, vivant, agréable… Une petite oasis de verdure isolée au cœur d’une forêt plutôt aride, et un outil de travail efficient – quoiqu’un peu brinquebalant. Ainsi, en 2013, je reprends officiellement l’activité agricole de mes illustres géniteurs qui ont déménagé dans la bourgade avec services la plus proche. Je suis accompagné par ma compagne dans nos activités de cultures (fruits et légumes), de petit élevage, de valorisation de ces productions en cuisine (dans des foires bio et à la ferme) et d’Accueil Paysan en camping et chambres. Une bande dessinée dédiée à nos premières années paysannes, le « Carnet de Cambrousse », est à paraître. Le JOURNAL PAYSAN, lui, tout de texte, et sans doute plus intime, prend la suite de la BD, mais peut s’appréhender sans l’avoir lue. J’ai 37 ans quand je le démarre, le 8 avril 2017.